émétophobieVous êtes nombreuses sur les réseaux sociaux à être curieuse de lire cet article un peu différent des sujets habituels du blog, et quelques-unes m’ont même demandé en privé ce qu’il en était de sa publication. Je sais que quelques lecteurs mâles traînent également par ici ( coucou les gars ! ) mais ils n’ont pas manifesté un réel intérêt pour la question. Je peux aisément comprendre puisqu’eux ne vivent pas la grossesse « de l’intérieur » mais je pense toutefois que ce billet pourra leur être utile pour peut-être comprendre leur femme émétophobe enceinte. Sans compter que l’émétophobie n’a pas de sexe, ni d’âge ou de religion : elle peut toucher tout le monde. Bon là ma phrase fait un peu genre c’est une maladie grave alors que ça l’est bien moins qu’un cancer ou que le VIH. Par contre, je pense que l’émétophobie peut être considérée comme une maladie. Une maladie psychologique certes mais qui n’en reste pas moins dangereuse selon son degré de gravité et surtout qui peut être très handicapante dans la vie de tous les jours. Mais j’y reviens plus loin.

J’ai mis un peu de temps à prendre mon clavier pour commencer cet article. La raison principale était que j’avais du mal à me concentrer sur autre chose que mon émétophobie ces dernières semaines ; la secondaire étant que la honte prend parfois le dessus et qu’on a toutes les peines du monde à mettre des mots sur les maux, particulièrement quand il s’agit de phobies. La honte fut d’autant plus grande dans mon cas qu’il était quasiment impossible d’avouer que l ‘émétophobie a gâché quelques semaines d’une aventure en principe merveilleuse : la grossesse.

Pour éviter que cet article soit beaucoup trop long, j’ai décidé de le scinder en deux parties : la première ici présente traitera de l’émétophobie en général tandis que la seconde parlera plus précisément de la grossesse et de la maternité pour une émétophobe. Elle sera publiée dans quelques jours 🙂

J’ai tenté d’être la plus synthétique possible tout en n’omettant pas des points importants ( même si je sais pertinemment qu’en me relisant, je risque d’y ajouter des choses ) . Je ne vous en voudrais absolument pas si vous décrochez avant la fin !

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Attaquons les choses dans l’ordre :

 

Qu’est-ce donc que l’émétophobie ?

 

Ce paragraphe me semblait important car je me suis aperçue grâce à vos différentes réactions sur les réseaux sociaux que beaucoup ignorent en quoi consiste cette phobie particulière, ou tout simplement n’ont jamais entendu ce mot-là. Par conséquent, je vous livre ici la définition succinte mais très claire de Wikipédia :

L’émétophobie est une peur ou anxiété intense et irrationnelle de vomir. Cette phobie spécifique peut inclure des situations qui causent le vomissement, comme la peur de vomir en public, la peur de voir un autre individu vomir, la peur de regarder des gestes de vomissement ou d’avoir des nausées. Elle serait l’une des phobies les plus répandues dans le monde.

émétophobie

Personnellement je pense qu’il faut distinguer les phobies et les peurs.

Les peurs ça peut être super rigolo, d’ailleurs j’étais la première à me fendre la pêche quand mon cousin ( coucou Tom ) hurlait à la vue des grenouilles que mon frère et moi avions capturées dans la rivière. Si en prime la bestiole sautait, il s’enfuyait à toutes jambes. Nous, on en avait mal au bide tellement on rigolait !

Me concernant, j’ai toujours eu une peur panique des araignées ( trop de pattes ), des millepattes ( beaucoup beaucoup trop de pattes ) et des serpents ( pas de pattes du tout ). Mais je suis lucide : je ne risque pas d’en mourir. Lors d’un spectacle oriental, j’ai eu la chance d’être poursuivie à travers un amphithéâtre bondé par un montreur de serpents qui voulait absolument que ce soit moi et pas une autre qui le rejoigne sur scène ( conard ). J’ai eu un boa autour du cou, pendant qu’un autre me faisait du charme à danser sur son tapis. J’étais terrifiée et j’ai fermé les yeux 99% du temps du spectacle. Mais je suis pas morte.

De la même façon, je sais que je ne vais pas laisser ma peau sur les toilettes de l’appartement quand je suis en train de faire pipi et qu’une araignée quelque soit sa taille sort de nulle part. J’hurle pour appeler Musclor. Si je suis en train de pisser, je m’arme du balai à chiottes en attendant que Musclor daigne venir dégager l’arachnide. Si je viens tout juste de terminer mon affaire, j’hurle, je remonte mon pantalon, j’hurle, je pars en courant chercher Musclor, et j’hurle. Voilà.

Mais dans tous les cas, i’m still alive !

C’est la grosse différence selon moi avec la phobie : quand tu es phobique, ta peur est incontrôlable, viscérale, elle peut occuper ton esprit des heures et des jours entiers sans discontinuer car tu penses que tu risques de mourir. Et même si je ne suis pas psychologue, je pense que l’émétophobie et la peur de mourir sont intimement liées…

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Comment savoir qu’on est émétophobe ?

 

Une chose importante : on ne naît pas émétophobe, on le devient. A l’origine de cette phobie se trouvent généralement un ou plusieurs traumatismes liés à la gerbe au vomis. Avant de vous raconter comment je le suis devenue et comment j’ai su que je l’étais, il faut savoir que poser un diagnostic n’est pas forcément évident car plusieurs degrés de sévérité existent dans cette maladie.

L’émétophobie peut en effet se manifester sous une ou plusieurs formes :

  • L’émétophobe a une peur panique de vomir lui-même : seul, en public, parce qu’il mange, parce qu’il boit de l’alcool, parce que le métro/une poubelle pue. Cela se manifeste par un rejet des situations qu’il juge « à risques » en évitant les contacts sociaux ( se rendre en soirée ou au restaurant, aller faire ses courses dans un environnement odoriférant, prendre les transports ) allant parfois jusqu’à s’isoler complètement. Les troubles alimentaires ne sont pas rares chez les émétophobes puisque beaucoup sont atteints d’anorexie ou de Troubles Obsessionnels Compulsifs liés à l’alimentation et la peur des bactéries/microbes/champignons.
  • L’émétophobe ne supporte pas qu’un autre individu vomisse ou fasse des gestes pouvant induire ou créer un vomissement. Je tiens toutefois à vous rassurer sur un point : ce n’est pas parce qu’on déteste voir quelqu’un vomir qu’on est émétophobe hein ! Qui aime voir quelqu’un vomir sans déconner ? Ce n’est agréable pour personne ! En général, les gens préfèrent ne pas prêter assistance parce qu’ils ont peur d’en rajouter une couche ^^ ou au contraire aident sans réfléchir et épongent la galette même si ça les dégoûte. L’émétophobe, lui, peut avoir un comportement bien plus intense comme courir dès qu’il voit un geste associé aux vomissements pour éviter de voir et d’entendre la personne s’apprêtant à gerber, cesser tout simplement de regarder un film où un personnage vomit ( même si la scène dure dix secondes ), mais aussi devenir intrusif dans la vie des autres pour les empêcher de vomir en sa présence ( « vous êtes pâle, tenez prenez un antiémétique » =antivomitif ou encore avec agressivité « arrêter de picoler, tu vas gerber« )

Je pense que j’ai su que j’étais émétophobe le jour où malgré des heures à essayer de me retenir de vomir, quand finalement je n’ai plus réussi à lutter et que les spasmes se sont faits ressentir, j’ai fermé la bouche pour éviter que ça sorte… et j’ai ravalé. Je sais que ça peut sembler extrêmement dégueulasse et j’en suis désolée ( et j’espère que tu n’étais pas en train de déguster ton quatre heures ). Par la suite, j’ai plusieurs fois été atteintes de nausées et mon comportement a toujours été le même : pleurer et me retenir, toujours. ( mais je détaille ça dans le paragraphe suivant ). C’est mon généraliste qui a mis le doigt  un nom dessus lors d’une consultation pour une énième gastro-entérite où mes nausées me rendaient archi-fébrile : mademoiselle LaLu, vous avez la chiasse et vous souffrez de très fortes nausées…avez-vous déjà pensé à vomir pour vous sentir un peu mieux ? Quand je lui ai répondu que non, jamais de la vie ça ne me viendrait à l’esprit et qu’il m’a demandé pourquoi, j’ai fondu en larmes, inconsolable. J’ai avoué entre deux sanglots que c’était impossible et que j’avais une peur panique de vomir. Emétophobe, le mot était posé.

J’en ai ensuite discuté avec mon psychologue qui m’a demandé de lui raconter avec mes mots comment et/ou pourquoi j’avais tellement peur de vomir. Et voici en résumé ce qui s’est passé :

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L’histoire de mon émétophobie

 

Comme je vous le disais plus haut, je ne suis pas née ainsi : je le suis devenue. Chaque histoire est différente,  au même titre que l’émétophobie peut revêtir plusieurs formes.

Oh, je me rappelle bien de mon petit frère en pleine nuit qui s’est soudainement mis à vomir partout alors que nous faisions chambre commune. C’est mon tout premier souvenir lié à la galette, et il date d’il y a 23 ans. J’avais été très impressionné par la quantité de « fluides » qui sortait d’un bonhomme de 5 ans à peine : chambre, couloir, salle de bains, WC, y’en avait partout.

Par contre quand je consulte mon carnet de santé tout défraîchi, je découvre que j’ai moi aussi subi quelques épisodes de gastro-entérites quand j’étais petite. Je n’en conserve aucun souvenir, signe qu’à cette époque je n’étais pas traumatisée.

En 1997, ma mère est tombée gravement malade. J’avais 13 ans et elle subissait de très lourds traitements de chimiothérapie, des traitements expérimentaux aussi aux lourds effets secondaires et bien entendu, les vomissements étaient l’un des effets les plus prépondérants. Pendant de nombreuses années, je n’ai pas supporté de la voir vomir, je me cachais et me bouchais les oreilles. Si par hasard je voyais quelqu’un vomir, c’était systématique : je posais une galette supplémentaire. Je n’avais pas peur de vomir moi-même à cette époque, je refusais de voir les autres gerber tout simplement. Ca me rendais malade.

Vint ensuite le divorce de mes parents à la suite duquel j’ai vécu avec ma mère et mon petit frère. Ma mère était toujours malade et toujours traitée par chimiothérapie. J’avais 20 ans et c’est à ce moment précis que j’estime avoir basculé dans l’émétophobie.

Elle vomissait beaucoup, souvent, énormément. Au début elle se cachait pour vomir, se rendait discrètement aux toilettes comme si de rien n’était, sans doute pour ne pas nous inquiéter mon frère et moi. Sauf que les WC faisaient 3 m² dans notre nouvel appartement et qu’en conséquent, ça résonnait grave. Toutes les nuits ou presque après son traitement, je l’entendais se vider, même si elle mangeait peu, même si elle ne mangeait rien. Mon père n’étant plus là, je me suis sentie investie d’une mission : celle de le remplacer dans les moments pénibles comme celui-là. Du coup, toutes les nuits ou presque, dès que j’entendais du bruit, je me levais et la rejoignais aux wawas. Mon aide se résumait à peu de choses : un gant de toilette mouillé d’eau froide pour son front, un autre d’eau chaude pour sa bouche, et des mouchoirs. Je lui tenais les cheveux, je la rassurais et lui disais de ne pas se retenir car elle se sentirait mieux après. Jamais je n’ai été dégoûtée, jamais je n’ai vomi. Lorsqu’elle était en fin de vie, elle a vomi des choses ( pas de la nourriture… ) que je ne souhaite à personne de voir. L’image de ces choses, elle est restée gravée.

Pendant cette période très pénible, je pense que mon émétophobie est née mais qu’elle était latente, endormie, puisque j’étais parfaitement capable de voir, de soutenir, de me tenir au plus près d’une personne qui vomissait. Par contre, j’estime que c’est à ce moment qu’elle a prit naissance :

VOMIR = SOUFFRIR, voire MOURIR.

puisque ma mère n’a pas survécu à sa longue maladie…

émétophobie

Depuis mes 20 ans, je peux compter sur les doigts d’une main les fois où j’ai vomi. Trois fois à cause de l’alcool ( dont une fois où bien alcoolisée, je suis montée dans un manège sachant pertinemment que ça risquait fort de sortir ) et une fois à cause d’un sandwich au thon visiblement pas très frais. Je n’ai jamais vomi lors d’une gastro-entérite malgré des nausées abominables, je n’ai jamais gerbé dans une voiture, un bus ou un car alors que j’ai le mal des transports et que mon visage peut passer par toutes les couleurs. Aujourd’hui, je suis enceinte de 15 semaines et malgré l’enfer qu’ont été les nausées et mon émétophobie, je n’ai pas lâché prise une seule fois ( on en parlera dans mon prochain article sur le sujet ).

Aujourd’hui, je suis toujours émétophobe malgré de très longues périodes où ma phobie est restée en sommeil et que je la croyais, à tort, disparue. Aujourd’hui, j’aide encore des inconnus qui vomissent en pleine rue ou en soirée car pour moi, ces individus sont en souffrance. Ca peut vous sembler dégueulasse mais ça m’est arrivé plus d’une fois : je ne réfléchis pas, je fonce aux côtés de l’individu qui se vide. Par contre, je ne m’autorise pas à moi-même ce « luxe » de pouvoir vomir…

Les rares fois évoquées ci-dessus où j’ai vomi, plusieurs conditions étaient indispensables pour que je puisse me soulager :

– en aucun cas je ne devais être seule.

– en aucun cas je ne devais être « en public » au milieu de personnes que je ne connais pas.

Ca peut sembler paradoxal mais mon psychothérapeuthe, à force de questions, m’a fait réaliser que j’ai besoin d’une personne de confiance à mes côtés à chaque épisode de vomissements. Une amie, un cousin, mon Musclor… Une personne qui ne me jugera pas et pourra m’aider si je suffoque, si je m’étouffe, si ça ne s’arrête pas…Oui définitivement je pense que la peur de mourir se cache derrière mon émétophobie. De la même manière,  je suis parfaitement incapable de me mettre les doigts au fond de la gorge pour me faire vomir. Par contre, si « ma personne de confiance » daigne le faire, je ne résiste pas très longtemps. Après chaque galette, je me suis effectivement sentie soulagée mais cette peur effroyable que ça recommence me reprenait immédiatement aux tripes.

Je ne suis pas « malade » au sens strict du terme, je n’ai aucune légitimité pour vomir. Je ne veux pas souffrir. Je ne veux pas mourir. C’est mon état d’esprit d’émétophobe.

La phrase qui me met le + hors de moi : « Vomir c’est naturel ». Dans ma tête, vomir n’a RIEN de naturel. Ce qui entre dans ma bouche n’est pas voué à en sortir par le même orifice : est-ce que tu manges par le trou de balle ? NON. Est-ce que tu te laves les dents avec un coton-tige, ou les oreilles avec ta brosse à dents ? NON. Chaque membre, chaque organe a son rôle, point barre. Les médecins disent bien que vomir est un « symptôme », ce qui signifie bien que ça n’a rien de naturel !!! D’autres vous diront que c’est « un moyen de défense de l’organisme », c’est bien qu’au départ l’organisme a été attaqué non ? Attention, je ne suis pas en train d’essayer de vous convaincre que l’émétophobie est logique, je dis juste que si on y réfléchit bien, l’émétophobe n’a pas tort sur toute la ligne…

Cependant je m’estime heureuse : en-dehors de ma grossesse, je ne me suis jamais privée de manger quoi que ce soit qui me faisait envie, j’ai bu de l’alcool en quantité déraisonnable sans avoir le spectre de l’émétophobie qui me collait aux basques, je vivais normalement en somme . Par contre, mes trois premiers mois de grossesse se sont chargés de me rappeler que la phobie, bien puissante,  était toujours là…

La seule solution pour combattre cette phobie est d’en parler à quelqu’un, de ne pas en avoir honte et d’expliquer à ses proches par des mots simples (si on y arrive ), et bien sûr d’en parler à un psychologue si cette maladie devient invivable au quotidien. On pourra être éventuellement dirigé vers une TCC. Cette phobie que je jugeais parfaitement supportable jusqu’alors est devenue en l’espace de 9 semaines un véritable enfer à cause de mes nausées incessantes, mais ça on en reparle tout bientôt autour de mon article « Grossesse et émétophobie »

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Le chemin peut être long pour se débarrasser de cette peur panique de vomir, mais je ne désespère pas !

J’espère vous avoir éclairés sur ce qu’est cette phobie et sur l’état d’esprit de quelqu’un qui en est atteint. Bien sûr, chaque phobique est différent et possède ses propres mécanismes psychiques. Ce que j’espère bien plus finalement, c’est que les émétophobes arrêtent de se sentir seuls, isolés et dépassés d’une part, et que les autres prennent conscience de ce qu’est cette phobie et qu’ils soient plus empathiques vis à vis des émétophobes.

Si vous avez des questions, des remarques, si vous voulez partager à ce sujet, les commentaires sont les bienvenus 🙂 Dîtes-moi tout si vous en avez envie : êtes-vous émétophobe ? Connaissez-vous quelqu’un qui l’est ? Comment abordez-vous ou vivez-vous cette phobie au quotidien ?

alaune

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