projet naissance accouchement hôpital maternité

Aujourd’hui c’est d’un sujet bien particulier dont j’ai envie de causer et il concerne directement l’accouchement. C’est encore un exemple de ce qui diffère totalement entre mes deux grossesses : si je n’avais même pas connaissance de ce qu’était un Projet de Naissance pour ma première ( juste une vague idée de ce que j’imaginais être pour des bobos hippies ), j’en ai rédigé un pour mon second accouchement dont le terme était prévu le 2 décembre. ( edit : j’ai finalement accouché le 15 novembre. )

Certaines mamans (et je devrais même dire parents en fait) ont déjà connaissance de ce qu’est un PN, de son petit nom, pour leur première couvaison. S’y ajoutent les parents dont les grossesses précédentes les ont conduits vers le Projet de Naissance, tout naturellement. Je fais partie de cette catégorie et vous allez comprendre pourquoi. Enfin, il y a ceux qui ignorent totalement ce dont il s’agit : souvent parce qu’on ne leur en a jamais parlé, rarement parce qu’ils s’y désintéressent ( mais ça existe )( moi y’a des sujets dont j’ai ranafoute aussi hein ).

Alors commençons par le début si vous le voulez bien :

Un projet de naissance, c’est quoi ?

Comme je vous le disais en introduction, je me suis intéressée à ce sujet plutôt tardivement. Mais mieux vaut tard que jamais, et à moins d’un mois de la rencontre avec mon second enfant, mon projet de naissance était « bouclé ». Vous verrez pourquoi je mets le terme entre guillemets.

Voilà comment je définis ce qu’est un projet de naissance :

Le Projet de Naissance est un document rédigé par les parents, qui contient différents souhaits autour de l’arrivée de leur futur enfant. Les parents le communiquent ensuite à l’équipe de sages-femmes de la maternité ou du plateau technique où l’accouchement aura lieu, qui en prend connaissance et tente de respecter au mieux les désirs parentaux le jour J.

Pourquoi je parle uniquement d’accouchement en maternité et en plateau technique ?

Car si vous choisissez un AAD ( Accouchement A Domicile ), la sage-femme ( ou la doula ) qui vous a accompagnée tout au long de votre grossesse vous connaît tellement bien qu’un PN n’est pas nécessaire ! En revanche, les équipes sont « tournantes » dans les maternités et les plateaux techniques. Sans compter que le gynécologue qui vous suit aura peu de chances d’être là le jour J ( mais parfois ça arrive quand on a de la chatte ).( moi c’est arrivé ! )

En gros, vous tomberez for-cé-ment sur une équipe médicale qui ne vous connaît pas. Et prise dans le feu des contractions de travail, vous n’aurez pas que ça à fiche de leur dire que non non, vous ne souhaitez surtout pas accoucher en « position gynécologique » (  = allongée sur le dos les pieds dans les étriers ). Vous aurez envie -au choix –  de beugler, de vous immerger dans votre baignoire, d’insulter votre conjoint , de vous murer dans le silence, de bouger votre boule sur un ballon de grossesse en écoutant une musique qui vous inspire, de vous enfermer dans cette bulle imaginaire dans laquelle vous aurez à coeur de vous détendre et vous concentrer…Mais sûrement pas à répondre à toutes les questions du personnel soignant ( même si ce dernier est pétri de bonnes intentions ).

Du coup, comment on fait pour s’assurer que le PN sera un minimum respecté si les équipes tournent ?

Pour ma part, j’ai pris rendez-vous avec la coordinatrice des sages-femme de ma maternité. Pour ce faire, j’ai rédigé mon projet de naissance en amont que je lui ai envoyé par email. Ainsi elle a pu préparer notre futur rendez-vous de discussion autour de ce projet.

Je vous conseille de garder minimum une copie de votre Projet de Naissance toujours avec vous, même le jour J. Limite j’ai bien envie de me le scotcher dans le dos façon Poisson d’Avril. Au moins on pourra pas le rater ( sauf si on me colle sur le dos, donc. )

Et le(a) conjoint/e, il peut pas « juste » se charger de dire ce que la femme enceinte souhaite ?

Alors personnellement, ce n’est pas que je n’ai pas confiance en Musclor ( quoique..) mais c’est vrai que j’ai de sérieux doutes quant à sa capacité à répondre avec force « elle ne veut pas de péri tout de suite nom d’un chien ! » devant toute une équipe médicale insistante qui s’adressera à moi et me le demandera pour la cinquantième fois. Tout simplement parce que je sais qu’il serait capable de flancher en me voyant souffrir.

De mon côté, j’ai intégré que l’accouchement induit de toute façon la souffrance, mais la souffrance libératoire, une souffrance un peu spéciale quoi, et j’ai envie d’y goûter (maso moi ?). Je n’exclue pas de ne pas recourir à la péridurale. C’est juste que si jusqu’à la phase de désespérance, je tiens le coup, je ne vois pas pourquoi ne pas aller jusqu’au bout sans !

De la même façon, un conjoint un peu impressionné par les évènements risque d’oublier deux-trois « petites » choses mais également de ne pas oser s’imposer assez devant un gynéco qui se pointerait comme une fleur avec ses ciseaux alors que la maman ne souhaitait pas d’épisiotomie.

Faisons quelques rappels importants tout de même…

Sauf s’il s’agit d’une urgence vitale, vous devez donner votre consentement au moindre geste médical. C’est-à-dire que :

  • d’une part, on doit vous informer des gestes pratiqués. ( je ne compte pas le nombre de touchers vaginaux que j’ai subis lors de mon premier accouchement – les trois quarts n’étaient ni annoncés, ni justifiés ).
  • d’autre part, on doit vous demander votre consentement. Lors de mon premier accouchement, on ne m’a pas demandé « vous voulez qu’on vous perce la poche des eaux? ». On m’a annoncé : « allez on perce la poche des eaux. » N’étant pas informée de l’intérêt ( ou non ) de cette démarche de rupture artificielle, je me suis contentée de me taire. Et de subir, encore. Donc je rajoute que dans le meilleur des cas, on vous explique l’intérêt de tel ou tel geste.
  • Ainsi en toute connaissance de cause,  vous avez le droit de dire NON. Et c’est important parce que c’est VOTRE corps et que vous en disposez comme bon vous semble. Sauf urgence vitale je le répète. Ca vaut aussi pour l’arrivée de votre enfant : vous pouvez tout à fait refuser la pesée, la mesure, le bain, le collyre dans les yeux immédiatement après la naissance..tout cela peut attendre quelques heures, on n’est pas aux pièces ! Bébé ne va pas grandir de 10cm en 3 jours que je sache.

Comment rédiger son projet de naissance ?

Il ne faut pas oublier l’essentiel selon moi : il s’agit d’exprimer ses désirs et pas d’être directif ou vindicatif envers le personnel soignant. Respectons-le comme nous aimerions qu’il respecte nos désirs ! Les soignants ne sont pas là pour nous faire souffrir, mais nous aider , nous accompagner, et nous secourir le cas échéant. Il ne faut jamais oublier cela.

En revanche, on ne peut nier que dans certaines maternités, les accouchements doivent se passer vite, trop vite, souvent au détriment de la future maman qui aurait souhaité qu’on prenne davantage son temps, qu’on médicalise beaucoup moins un acte qui reste naturel depuis la nuit des Temps.

Pourtant vu mon premier accouchement et les suites de couche, j’aurais pu me décharger et imposer sans autre forme de procès. « Je ne veux pas de péridurale », « je ne veux pas d’épisiotomie » sont autant de petites phrases à éviter car elles peuvent braquer. Pourtant c’est ce que vous pensez. MAIS des tournures de phrases plus consensuelles comme « je ne souhaite pas avoir recours à la péridurale, mais je m’en laisse la possibilité » ou « je préfèrerais vivre une déchirure plutôt qu’une épisiotomie » sont beaucoup mieux perçues et laissent place à la discussion.

De plus, en introduction, je vous conseille d’expliquer votre parcours et pourquoi ce projet de naissance existe. On peut aussi y faire figurer quelques informations au sujet de la naissance à venir. Mais évidemment il n’y a rien d’obligatoire ! Par exemple, voici l’en-tête de mon PN :

Pour l’équipe du service de maternité de l’hôpital privé d’XXX.

Date théorique de l’accouchement : 2 Décembre 2019.
Sexe du bébé : surprise !

Pourquoi ce projet, mon projet de naissance ?

Comme je vous l’expliquais plus haut, aujourd’hui tout doit aller vite, tout est surveillé, médicalisé…J’ai eu la chance de vivre une seconde grossesse « facile » et même sachant cela, je ne compte pas le nombre de prises de sang et les divers examens que j’ai dû passer. Alors attention, je ne dis pas que c’est pas bien, je dis que c’est le reflet de ce qu’est notre société aujourd’hui : anxieuse. Inquiète. A l’affût.

Et quand on est soi-même de nature anxieuse et inquiète (même si ça fait des années qu’on tente de se calmer ), ça n’aide pas du tout à accoucher par voie basse.

Je n’ai pas encore eu l’occasion de vous raconter intégralement la naissance de LaLutine il y a 4 ans mais j’en garde un souvenir amer. Je crois que je l’ai occulté pendant près de 4 ans. Puis quand la naissance de LeLutin a approché, tout m’a pété à la figure : non, je ne voulais pas revivre ça. Non je ne voulais pas me sentir dépossédée de mon corps, de mon accouchement, de ma rencontre, encore une fois. J’ai réalisé que je n’avais pas accouché, j’avais été opérée. De plus on ne m’a jamais expliqué le pourquoi des 10 heures de séparation d’avec LaLutine. Et dans mon esprit, je me suis aperçue que la pilule n’était toujours pas passée. ( mieux vaut tard que jamais hein ).( d’ailleurs si vous me suivez sur Facebook, vous savez que 15 jours avant d’accoucher, j’ai réussi à récupérer mon dossier médical qui m’a réservé des surprises…4 ans après la naissance ! )

Ce premier accouchement m’a énormément faite douter sur la capacité de mon corps à accoucher seul. J’ai toujours eu du mal à apprivoiser mon corps, depuis mon adolescence : prise et perte de poids, augmentation mammaire… Et là paf, tu penses que LaLutine comme la majorité des autres bébés, va sortir sans (trop) de dommages, et ben non : césarienne en urgence pour détresses maternelle et foetale. Et l’accouchement avait en plus été déclenché…

Pour LeLutin, j’avais besoin de reprendre confiance en moi, mon corps et sa capacité à démouler un Rôti enfanter. J’avais la nécessité presque absolue de faire « fonctionner mon corps correctement ». Pour vous, cela semble tout à fait normal. Et c’est d’ailleurs ce qui est le plus perturbant : souhaiter quelque chose de « normal » finalement.

Un accouchement par voie basse. Mon rêve.

Et dans mon cas, un AVAC : Accouchement Vaginal Après Césarienne.

Pour que cela fonctionne, aussi bien dans ma tête que dans le dedans de mon corps  j’avais en amont préparé un petit programme : alimentaire ( des dizaines de tisanes de feuilles de framboisier sirotées, quelques kilos de dattes avalés etc…mais pas avant la SA35 hein ), physiques ( refuser l’usage de la voiture à chaque fois que je peux faire les trajets à pieds ; aller jusqu’au bout de mon congé maternité ), psychologiques ( séances de sophrologie avec une sage-femme, séance d’hypnothérapie, tout ce que je pouvais pour lâcher prise.. )…

Mais si tous ces efforts étaient venus à payer en déclenchant naturellement mon accouchement , tous mes espoirs d’accouchement physiologique auraient pu être anéantis si l’équipe médicale de la maternité n’était pas au courant de mes désirs. J’ai donc couché sur le papier mes souhaits, en leur expliquant pourquoi j’avais changé de maternité entre LaLutine et LeLutin, et pourquoi il était si important pour moi que ce PN soit, dans la mesure du possible, respecté.

Je vous le livre donc ici. Libre à vous de vous en inspirer pour imaginer votre projet de naissance mais merci de ne pas le recopier intégralement non plus hein. ( cliquez dessus pour les ouvrir en plus grand )

projet naissance

Oui il fait trois pages ! Mais la police et les marges sont grandes…

 

Ma rencontre avec la coordinatrice des sages-femmes

A sa demande, j’ai envoyé à la coordinatrice mon projet de naissance par email, afin qu’elle puisse le lire et que l’on convienne d’un rendez-vous pour se rencontrer et en discuter. Quelques jours après mon envoi, elle m’a recontactée et le RDV a été pris deux semaines plus tard, ce qui m’a laissé le temps de briefer Musclor sur l’importance et le rôle central de mon PN. Lui ne comprenait pas tellement au début, « après tout une césarienne c’est plus facile : on t’ouvre et hop, c’est fini ! ». Oui sauf qu’un accouchement ce n’est pas ça pour moi. Un accouchement ce n’est pas « facile ». Un accouchement c’est la nature qui oeuvre. Il marque la fin de la grossesse, le corps et le bébé qui disent « c’est bon, on est prêts ! ».

L’entrevue avec la SF a duré 1h30. Elle a pris le temps de reprendre point par point les souhaits de mon projet. Elle a émis des réserves sur certaines choses. Et en sortant, nos lectures de son discours à Musclor et moi furent bien différentes…J’ai entendu « c’est possible », il a entendu « préparez-vous à vivre une seconde césarienne ». On s’est engueulés. J’ai pleuré.

Dans les jours qui suivirent, je pense que Musclor a compris l’importance que j’accordais à cet acte aussi naturel que d’accoucher par voie basse. Avec tous les efforts que je déployais au quotidien, il était difficile de ne pas se rendre compte que ça me tenait à coeur ! Et cet AVAC tant souhaité me permettrait non seulement de me ré-approprier mon corps, de reprendre confiance, mais aussi de vivre collée à mon bébé pour ses deux premières heures ( Aujourd’hui je ne suis toujours pas capable de parler de mes 10 heures de séparation avec LaLutine sans pleurer) avec en prime une tétée d’accueil.

 

Alors, utile un projet de naissance ?

Je ne raconterai pas dans cet article mon accouchement, je vous le réserve pour une prochaine fois ! Mais si vous me suivez sur les réseaux, vous savez que mon rêve s’est réalisé ❤️.  Evidemment il y a eu quelques aléas. Et votre soutien par écrans interposés pendant 2 jours eut un fantastique effet sur mon moral !

En ce qui concerne le projet de naissance, OH QUE OUI il a été utile ! Le jour de mon entrée à la maternité, la copie de mes deux feuilles était dans le bureau des sages-femmes. Et à ma grande surprise, elles l’avaient toutes lu ! (Pourtant, conformément à ma demande, une seule sage-femme s’est occupée de moi tout au long du travail).  Si bien qu’à chaque SF que j’ai croisée en suite de couches, j’étais étonnée qu’elles me félicitent en me demandant si j’étais contente que mon PN ait été respecté. Car il a été respecté par tous les soignants, du début à la fin. Aucun geste n’a été pratiqué sans mon consentement. J’ai été tenue informée de l’évolution de tout ce qui se passait.

Et outre la magie de la Rencontre, le peau-à-peau et la tétée d’accueil auxquels j’ai eu le droit cette fois, outre la découverte de mon enfant et de son zizi, outre les larmes de bonheur, j’ai la satisfaction en prime de dire que j’ai vécu mon accouchement, j’en ai été actrice. Tout le contraire de la naissance de LaLutine où par manque de connaissances et d’informations, j’ai été spectatrice tout du long et j’ai subi de bout en bout. Je pense que sans ce projet de naissance, cela n’aurait pas été réalisable car on se repose souvent sur le corps médical pour tout savoir à notre place. Alors que c’est notre corps, nos décisions, et si on peut coordonner les deux sans se mettre en danger, alors je dis banco  : Rédigeons tous un projet de naissance, partageons-le avec le personnel médical. Ils sont humains avant tout et ils savent toute l’importance d’un accouchement dans une Vie.

J’ai profité d’une équipe formidable qui a respecté mes souhaits. Et j’ai aussi eu la chance énorme d’avoir Musclor à mes côtés, qui même s’il ne comprenait pas bien au début mon désir ardent (←euphémisme) d’accouchement par voie basse, s’est révélé en tant que coach dans les moments-clés où j’ai douté de mes capacités à y arriver. Un roc. Mon roc. He rocks !

Voilà cet article n’a aucune espèce de prétention. Juste l’espoir de vous avoir éclairé sur ce qu’est un projet de naissance, son utilité et surtout pourquoi on peut choisir ( ou non ) de rédiger le sien.

Et vous, avez-vous rédigé un projet de naissance pour vos accouchements ? Ont-ils été respectés ?

Y songez-vous pour l’avenir ?

Je vous souhaite de tout coeur l’accouchement dont vous rêvez ! Mais en n’oubliant pas que des aléas peuvent se produire. Et dans tous les cas, vous n’y pourrez pas grand chose. Il sera donc parfaitement inutile de culpabiliser. J’ai lâché du lest sur certains points…Je vous raconterai ça lors d’un prochain article.




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