sushikai-8Il y a des souvenirs qu’on aimerait effacer, mais d’autres qui resteront agréablement gravés dans nos mémoires.

Pour mon Musclor et moi, c’était en Février 2011. Nous partions à peine de la région parisienne pour nous rendre en vacances au ski mais une halte impromptue de quelques heures nous obligea à nous restaurer alors que nous étions encore au volant de mon bolide. Or nous avons déjà testé la bouffe sur les aires d’autoroute, insipide et diablement chéro. Nous nous situions dans une région que nous ne connaissions absolument pas sauf pour ses escargots: la Bourgogne.
En décidant de prendre la sortie vers la ville de Beaune, nous étions fermement décidés à nous blinder la panse de mets-qu’on-s’en-foutait-de-l’origine, du moment qu’ils étaient copieux et tenaient bien au bide.

A peine franchi le panneau de la ville, nous sommes tombés, éberlués, sur l’enseigne d’un restaurant japonais située juste en face d’une autre, pour des spécialités indiennes cette fois. Devant l’animation toute relative de cette contrée, nous fûmes ( oh oui ) fort étonnés de ces deux découvertes, et encore plus de la très bonne surprise qui nous attendait en franchissant le seuil du Sushi-Kaï.
Vous en avez déduit que nous choisîmes le japonais. C’est bien. Vous êtes perspicace. Nous avons écarté l’indien par peur de dérangements gastriques, puisque pour se soulager sur l’autoroute, c’est carrément coton.

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La devanture était toute dézinguée et en travaux. Nous apprîmes en remerciant notre hôtesse à la fin du repas, qu’un chauffeur de poids-lourd s’était endormi au volant et s’était réveillé encastré dans le restaurant. Sympa.
Fort heureusement, le SushiKaï a choisi la transparence : si d’aventure vous le jugiiez sur son aspect extérieur plutôt que sur sa déco intérieure , vous auriez tout faux. D’ailleurs son entrée est en réalité une immense baie vitrée laissant apercevoir une salle toute de zénitude vêtue. Rassurés par cette vision plutôt prometteuse, nous franchîmes le pas de porte.

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Cette salle que nous voyions depuis l’extérieur ressemble à un petit salon où je suppute que les clients peuvent attendre calmement et confortablement assis que des tables se libèrent dans la salle de restaurant, elle-même accessible depuis un long couloir rectiligne entièrement tapissé de lattes en bois.
Tout dans ce décor est japonisant : du petit jardin extérieur avec ses galets joliment achalandés à la sobriété classieuse de l’agencement des tables sans oublier la légère musique d’ambiance….c’est relaxation assurée.

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Nous n’avons pas réussi à déterminer si oui ou non, ce restaurant se voulait chic, puisque certains clients nous ont regardé de traviole ( on avait de bonnes grosses mines de déterrés en même temps) mais la patronne ainsi que la serveuse et enfin le cuistot ne nous ont absolument pas semblé hautains ou condescendants.
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Musclor n’en avait absolument rien à péter, de la carte : il était déjà méga-content de trouver un restaurant japonais dans un «trou paumé» alors peu lui importait de manger des sushi , des sashimi , un okonomiyaki ( promis, un jour je vous expliquerai ce que c’est ) ou un râmen , c’était bonnard.

Personnellement, à cause de Musclor justement, je suis devenue hyper-difficile en nourriture japonaise : je peux me vanter de distinguer ce qui est bon et frais de ce qui est douteux d’un seul coup d’oeil. Et Musclor sait définir, à l’oreille, si nos interlocuteurs sont effectivement japonais ou plutôt des voisins thaïlandais ou coréens.
En ouvrant la carte, j’ai failli tomber dans les pommes mais mon élégance naturelle a dû prendre le dessus pour éviter de tourner de l’oeil en public ( déjà que j’étais sapée comme un sac ) : bordel , c’est cher ! Et y’a pas grand-chose en plus ! Pis y’a plein de mots que je comprends pas, au secouuuurs !
J’ai donc discrètement questionné Musclor ( je déteste passer pour une bille.. pis une femme qui interroge son homme sur la bouffe, c’est pas vraiment habituel) et celui-ci a patiemment répondu à mes interrogations. Parfois il séchait. Donc on a choisi au feeling, mais on n’a pas pris trop de risques non plus en prenant un California Maki et un assortiment de sushi.
Notez bien que le Sushi-Kaï propose aussi de la bidoche ( erk ! ).
Vous pourrez par exemple vous régaler de « magret de canard en émincés sauce madère soja et wasabi , kaki poché , racine de lotus à la moutarde japonaise  » ou encore du  » porc ibérique grillé ibérique sauce yuzukosho , purée de pommes de terre au wasabi en harumaki « . Et si vous ne panez rien aux mots japonais, tout est expliqué en italiques en-dessous des plats. Vous avez même droit à un cours de vocabulaire sur le menu et moi j’adore me cultiver sur la bouffe.

La carte des boissons et vins est aussi consistante que celle des mets ( oui c’est le genre de choses que je retiens bien , j’assume ) puisque Beaune est situé dans la Bourgogne, une région où on aime le bon vin !

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Confortablement installés au bar, nous avions tout le loisir de nous divertir de la vue entière de la salle, au fond de laquelle un patio avec jardin japonais s’ouvre une fois les beaux jours arrivés, mais surtout de l’animation que nous a fournie le cuistot à lui tout seul….

Concentré sur son travail , il manipule les couteaux japonais avec une dextérité que je n’avais jamais vue. Il n’est pas non plus là pour le spectacle mais pour bosser, donc vous ne le verrez pas faire des figures avec ses outils bien aiguisés comme un barman peut le faire avec ses shakers. Pis ce serait vachement dangereux hein.
Patiemment, le cuistot sort ses morceaux frais de poisson du réfrigérateur, les déballe avec d’infinies précautions, comme des petits trésors, puis les tranche très habilement en choisissant son couteau en fonction de ( en fonction de quoi ? Ben j’ai jamais pu élucider le mystère ) et enfin les dispose avec goût et soin sur les plateaux ou les assiettes. S’il reste des morceaux de poisson, il les remballe dans leurs petits tupperwares et au fur et à mesure des commandes des clients, il ressort, puis re-rentre puis re-ressort, sans jamais esquisser la moindre lassitude.

Le maître des couteaux !

Le maître des couteaux !

C’est un véritable bonheur que d’assister à ce ballet de couteaux , de tranches de poisson , de feuilles d’algues et de boulettes de wasabi. Les petits chefs-d’oeuvre que le cuistot concocte sont colorés, frais, et sont tellement beaux qu’on hésite même à attaquer voracement son plat préparé si soigneusement ! D’ailleurs nous n’avons pu nous empêcher de mitrailler le travail du chef, je vous laisse le découvrir en photos.
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Avant d’attaquer immédiatement nos maki et sushi, nous avons tenu à découvrir la soupe miso proposée par le Sushi-Kaï. En région parisienne, on prend trop souvent l’habitude de ce petit bol de soupe de tofu et de champignons préparé à l’avance et conservée dans un thermos en attendant d’être servie.
Au Sushi-Kaï, nous n’avons pas été déçus ! Non seulement le temps d’attente nous laissait présager que la soupe devait être faite-maison , mais cela s’est bien confirmé à la dégustation ^^
Déjà les bols étaient énormes, bien loin des ridicules ramequins servis dans les restaurants japonois ( les japonOis sont de faux restaus japonais dans notre langage à Musclor et moi ) et surtout la soupe n’était ni trop salée, ni trop fade. Absolument parfaite et un excellent préambule à ce qui nous attendait pour la suite….

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Rapidement, la serveuse, dont nous avons vite compris qu’il s’agissait en réalité de la patronne, nous apporte deux petits raviolis chacun, eux aussi faits-maison, dont la farce est absolument succulente et goûtue. Ne vous fiez pas à leur aspect gélatineux, j’ai eu énormément d’appréhension avant de goûter mon premier ravioli japonais, et croyez-moi sur parole c’est un pur délice ! ( sinon refilez-moi votre part , spa bien grave )

Viennent ensuite les fameux maki et sushi. Complètement soufflés par la dextérité de notre chef, le temps est passé relativement vite et nous avons été surpris de voir que nous avions malgré tout attendu quelque peu en consultant la montre de Musclor… Mais la salle était pour ainsi dire blindée de monde, et il s’agissait pour la plupart de «grosses tables», de plus de deux personnes quoi.

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Bref nos plats arrivent et je comprends vite que si les variétés de poisson servies ne sont pas précisées sur le menu , c’est parce que le chef compose «à sa sauce» !
Il sera ainsi très rare de voir deux plateaux de sushi identiques puisqu’il décidera tantôt de servir du saumon, tantôt de trancher de la daurade . Et parfois je dois le confesser, nous avons eu du mal à mettre un nom sur des saveurs. Pas qu’elles étaient mauvaises, juste qu’elles nous étaient inconnues. Et le cuistot a répondu à nos interrogations très patiemment devant nos mines parfois interdites. Par ailleurs, quand nous avons demandé s’il était possible d’avoir un sushi au saumon ( Musclor en est dingue ) à la place d’un autre, la patronne n’a pas hésité à nous ramener une petite coupelle avec le fameux nigiri ( boulette de riz vinaigré avec une petite touche de wasabi placé sous la lamelle de poisson ) comme ça, gratuitement, ça lui faisait plaisir !

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En bouche , le plaisir est poussé à son paroxysme. Le poisson est d’excellente qualité, on a l’impression que le cuistot a choisi les meilleurs morceaux possibles. Fondants et moelleux , doux mais relevé par la pointe de wasabi, les saveurs sont fraîches et absolument démentes. Le riz est cuit à la perfection, même les graines de sésame sont pile au nombre adéquat sur les maki !
Au final, nous avions peur de ne pas avoir assez commandé mais nous avons tellement savouré et pris le temps pour découvrir et déguster ces bouchées de plaisir marin que nous étions plutôt rassasiés. Et surtout absolument comblés !

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Histoire de bien finir le repas, nous savons que les japonais ne sont pas les spécialistes des desserts mais excellent carrément avec les thés. Dans ce domaine, j’ai un adage : la place des plantes, c’est dans le jardin et pas dans l’eau chaude d’une tasse. Pourtant ce soir-là j’ai joué ma téméraire : j’avais tellement entendu parler des bienfaits du thé vert pour l’organisme que j’ai décidé de goûter un vrai breuvage du genre. Et encore une fois je n’ai pas été déçue : le thé est d’un goût divin, un peu pâteux à la fin ( mais j’ai compris que je devais pas aller au bout , un peu comme quand j’avale le marc de café erk ! ) mais on sent presque immédiatement que le liquide bien chaud envahit le corps tout entier. J’en ai presque eu les poils hérissés !
Musclor avait quant à lui craqué pour un thé au jasmin. Plus que sceptique, j’ai finalement cédé à ses avances et bu deux gorgées du breuvage fleuri. Mandieu. Quel délice ! Ce fut sans doute la révélation du repas : le thé au jasmin servi dans ce restaurant est di-vin !
J’en suis tellement fan que j’ai acheté du thé, moi Lupouffe , oui oui j’ai acheté du thé au jasmin pour tenter de retrouver cette saveur qui m’a tant charmée au Sushi-Kaï !
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Puisque nous étions extrêmement bien placés, seuls tous les deux, sur nos tabourets de bar, nous avons également pu suivre discrètement les réactions des différents clients ayant achevé leur repas qui venaient signer le livre d’or du restaurant sous le regard bienveillant de la patronne. Tous étaient ravis et comblés, et ne manquaient pas de signaler qu’ils avaient parcouru parfois plusieurs dizaines de kilomètres pour découvrir ce lieu dont ils avaient entendu tant de bien, apparemment justifié !
Au moment de l’addition, j’ai retenu mon souffle. Je me souvenais bien avoir sursauté devant les prix quand nous nous étions attablés donc là j’ai un peu balisé. Mais Musclor, en parfait gentleman, a raqué.
Mais comme je suis une fieffée coquine, j’ai maté le bout de papier et je me souviens y avoir lu une cinquantaine d’€uros … Pas vraiment excessif quand on connaît la qualité du repas tout entier, de la soupe miso au thé vert en passant par les maki et sushi, mais beaucoup, beaucoup plus cher que l’addition à laquelle la majorité des amateurs de cuisine japonaise ont l’habitude d’avoir affaire…

Après peut-être que le prix ne m’a pas dérangée outre mesure parce que je n’ai pas payé, hihihihi !

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Au final ce qui pouvait apparaître de prime abord prétentieux dans la décoration et l’ambiance , s’est révélé très reposant et zénifiant . Je me sentais complètement rassérénée à la fin du repas, mais pas le bide prêt à exploser comme quand on s’est goinfré. Plutôt en totale harmonie avec mon corps. Ca peut paraître complètement dingue de dire ça en parlant d’un restaurant, et pourtant je vous jure que si j’avais eu un gros canapé moelleux dans ma ligne de mire, je me serais affalée dedans et endormie direct ^^
C’est très rare que quelque chose ait un effet si soporifique mais bénéfique à la fois sur moi, insomniaque chronique, et il m’arrive souvent de repenser à l’ambiance régnant au Sushi-Kaï avant de m’endormir pour trouver le sommeil. Archi-reposant je vous dis et inoubliable dans mon cas !

Nous n’avons pas manqué de complimenter la patronne au moment de signer le livre d’or que nous avons réclamé ( avoir de la décence, c’est ne pas coller sous le nez du client le fameux livre et lui demander d’écrire…) tout en soulignant le talent rare de son chef. Elle nous demanda comment nous avions connu le Sushi-Kaï et lui avons confessé avoir atterri ici totalement par hasard , un bien heureux hasard !

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Pour finir, nous n’avons pas manqué de visiter les wawas, le meilleur moyen de contrôler l’hygiène globale d’un restaurant. On a visité séparément hein, sinon ça fait louche. C’était un modèle de propreté et de design. Si j’avais pas eu peur de me taper la honte, j’aurais pris l’appareil photo pour mitrailler les toilettes tellement c’était joli et exactement dans la même veine que le reste : la vasque est en réalité une composition de gros galets, du bambou et du bois partout, des bougies et toujours la petite musique qui aide à se détendre pour faire popo.
Pour vous laver les mains, de petites serviettes chaudes sont à disposition, qui une fois utilisées, sont jetées par les clients dans une petite corbeille en osier afin de les laver. D’ailleurs les commodités sont d’une taille relativement impressionnante, certains étudiants parisiens payent un loyer pour cette surface !

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Que vous soyez néophyte ou déjà convaincu par la cuisine japonaise , et si vous avez l’occasion d’emprunter l’autoroute A6 , n’hésitez pas à faire un minuscule crochet de cinq minutes pour découvrir le Sushi-Kaï , un restaurant qui mérite qu’on parle de lui .
De la décoration simplissime mais soignée à la musique de fond dépaysante , rien n’est laissé au hasard . Quant à la cuisine préparée de main de maître par le chef fort sympathique qui a accepté de poser pour notre photo-souvenir , elle est absolument succulente .
Un délice pour les papilles , un plaisir pour les yeux et un moindre mal pour le porte-monnaie , voici la recette d’un restaurant qui a tout d’un grand et qui vaut vraiment le détour !

On pourrait toutefois regretter une certaine lenteur au niveau du service, mais l’ amabilité ambiante fait vite oublier ce petit désagrément. De plus, le restaurant venait à peine d’ouvrir et était vraisemblablement déjà victime de son succès, fort mérité au demeurant.

Le Sushi-Kaï est un restaurant bien loin d’être pour-riz.

PS : Pour une petite mise en bouche, une visite sur le site officiel s’impose !

et on est bien arrivés au ski après :)

et on est bien arrivés au ski après 🙂

Satisfaction : 9,5 / 10

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Il y a des souvenirs qu’on aimerait effacer, mais d’autres qui resteront agréablement gravés dans nos mémoires. Pour mon Musclor et moi, c’était en Février 2011. Nous partions à peine de la région parisienne pour nous rendre en vacances au ski mais une halte impromptue de quelques heures nous obligea...
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