CNI

Il y a une quinzaine d’années un matin, mon père était descendu tout affolé dans la cuisine et avait dit à ma mère : « j’ai fait un affreux cauchemar où je faisais un test de paternité et découvrais que LaLu n’était en réalité pas ma fille. Je me suis réveillé en sueur… Quels rêves cons on fait parfois ! »

On s’est bien gardés de lui dire qu’il était con, on a juste rigolé comme des baleines en essayant de se souvenir si mon père avait bu un verre de pinard la veille au soir.

Pourquoi je vous raconte ça ? Car hier soir, j’ai dû annoncer à mon père qu’aux yeux de l’Administration Française, il n’était pas mon père.

Je vous laisse imaginer le choc. J’ai dû alors lui expliquer une partie de ce que vous allez lire dans les prochaines lignes. Accrochez-vous car mon article est long, mon histoire va vous sembler compliquée alors qu’elle ne l’est pas tant que ça finalement, et que je suis presque sûre que certains se sont déjà retrouvés dans mon putain de cas. Enfin j’espère car si non, ça veut dire que je suis vraiment poissarde comme nana.

Le contexte ( en un seul mot…)

Pour que vous compreniez bien ce qui se passe, il faut que je recadre un minimum les choses. Je suis née il y a 31 ans, premier enfant de mes parents ( biologiques, il n’y a aucune histoire sous-jacente d’adoption ) qui étaient déjà mariés, et je suis née dans la commune de TROULONLON dans les Hauts-de-Seine. Cherchez pas, cette ville n’existe pas et d’ailleurs aucune des villes mentionnées dans cet article n’est réelle ( je vous aime bien, mais j’ai pas envie de me faire suivre dans la rue par un psychopathe qui lirait cet article ). Je n’ai jamais eu aucun problème avec mon état civil en général et mon nom de famille en particulier : je me suis pacsée avec Musclor l’année dernière, j’ai voyagé dans l’Union Européenne et sur d’autres continents,  je paye bien mes impôts ( taxe d’habitation, taxe foncière, impôts sur le revenu…)( pour ça l’Administration ne t’oublie jamais, JAMAIS tu m’entends ? ) et je reçois bien mes contraventions ( pour ça non plus, l’Etat ne t’oublie pas ).

Je suis madame ( oui mademoiselle n’existe plus ) Tout-Le-Monde :  jamais d’embrouilles ( ou presque ). Jamais personne n’a usurpé mon identité. Bref j’étais plutôt peinard et tout allait bien dans le meilleur des Mondes.

Quand est née LaLutine, notre premier enfant, le 13 septembre dernier, j’avais préparé une pochette pour que Musclor aille déclarer notre trésor à la mairie de Boulard ( 92 ) , commune de naissance du trésor. Nous avons scrupuleusement rempli la déclaration de naissance officielle à l’hôpital car il n’y avait pas d’officier d’état civil dans cette maternité, nous l’avons relue environ soixante-douze fois pour nous assurer qu’il n’y avait pas d’erreur, puis Musclor est parti confiant avec la pochette sous le bras pendant que LaLutine me mâchouillait les seins, tout allait bien.

Il est revenu tout sourire, aucun problème à signaler, il s’était débrouillé comme un chef. Puis nous sommes rentrés tous les trois à la maison et avons vécu notre vie tout à fait normalement ( si on considère qu’il est normal de chanter des berceuses et de faire gouzi-gouzi à son lardon du matin au soir ).

Nous sommes alors mi-décembre, LaLutine a 3 mois : je viens de me faire recruter par une nouvelle société qui me demande pour mon arrivée en janvier tout un tas de papiers, dont mon livret de famille. C’est à ce moment que tout commence…

livret de famille

La découverte de ma véritable identité

Ah oui tiens, dis donc, j’avais zappé qu’on devait nous délivrer un Livret de Famille maintenant que Bébé est là !

Mais comment ça se passe ? On doit aller le chercher quelque part? Si oui, à LA PLEVRE ou à BOULARD ? Et si non, on nous l’envoie ? Et puis c’est normal que ça mette autant de temps ?

Je me rends alors à la mairie de ma commune de résidence, LA PLEVRE ( 91 ) pour savoir s’il est normal d’attendre si longtemps. Et puis, pensais-je naïvement, peut-être que le Livret de Famille dort là-bas depuis 3 mois ?

Sur place, une employée de mairie me prend en charge, fouille dans les Livrets en attente et constate que le nôtre n’y est pas. Elle me demande de remplir une nouvelle demande de Livret, car Musclor ne se souvient plus si oui ou non, il a coché la bonne case lors de la déclaration de naissance de LaLutine. Il lui semble bien que oui, mais il n’est plus très sûr…Dans le doute, l’employée communale décide de téléphoner à la mairie de BOULARD. Moi je ne m’inquiète pas, je suis encore loin d’imaginer le merdier

« Apparemment il y a eu un petit soucis avec votre Livret puisqu’il est parti au procureur du TGI ( Tribunal de Grande Instance ) des Hauts-de-Seine. Il semblerait que ce ne soit rien de très grave, le Livret devrait nous revenir vers début janvier ».

Ah bon, d’accord. Je ne m’inquiète pas, nous repartons à la maison tranquillement en attendant des nouvelles.

 

déclaration naissance

Hier vendredi 8 janvier 2016, nous partons inscrire LaLutine à l’accueil occasionnel de la crèche de LA PLEVRE ( la nounou nous ayant lâchement lâchés après une heure d’adaptation…). En sortant de ce RDV, Musclor me glisse qu’il serait cool d’en profiter pour faire un crochet par la mairie, afin de savoir si toutefois notre Livret de Famille était enfin opérationnel. Ce qui était une très bonne idée sachant que mon nouveau travail commence justement lundi 11 janvier. Allez hop, on file à la mairie !

L’employée de l’accueil a changé, ce n’est pas celle que nous connaissons. Elle a l’air complètement paumé et elle est terriblement lente. Elle décroche son téléphone quand c’est l’interphone de l’entrée qui sonne, et elle parle dans le vide à l’interphone quand c’est son téléphone qui s’excite. Au monsieur qui était derrière nous, elle lui demandera même sa carte d’identité alors qu’il venait de lui demander un formulaire pour en obtenir une nouvelle car il l’avait perdue. J’ai cru à un sketch. J’ai regardé s’il y avait une caméra planquée quelque part. Mais non.  Heureusement elle fera venir l’une de ses collègues qui a l’air bien mieux renseignée. Et le couperet est tombé.

C’est là, c’est vendredi 8 janvier 2016 vers 11h45 qu’on m’a appris que je n’étais ni la fille de mon père, ni la mère de ma fille.

Autant dire que je me suis pris une mandale aller-retour direct dans la tronche ( et sur les deux joues )( avec un petit arrêt cardiaque de douze secondes en bonus ).

Photo prise le 25 février 2010 à Limoges de cartes d'identité nationales avant d'être vérifiées afin de déceler d'éventuels défauts au centre d'établissement de la carte d'identité française de Limoges, dépendant du Ministère de l'Intérieur. AFP PHOTO JEAN-PIERRE MULLER

Crédit Photo : AFP PHOTO JEAN-PIERRE MULLER

Une erreur vieille de 31 ans

( et le premier qui dit que je suis vieille se prend mon Macbook de 2,6kg dans la pomme )

Hier midi, j’ai perdu mon identité.

C’est très étrange comme sensation. Ca vient par vagues depuis hier, tu vois. L’impression d’avoir été une imposture pendant 31 ans, le sentiment que l’Etat Français a failli en ne me reconnaissant pas comme la fille de mes parents. Et qu’il a surtout failli en ne décelant jamais cette erreur qui jusque là, n’avait jamais joué en ma défaveur.

Hier midi,  j’ai perdu mon identité.

A cause d’un ridicule, tout petit machin en forme de bâtonnet. Non je n’ai pas découvert l’existence d’une protubérance au niveau du pubis qui laisserait penser à la future émergence d’un robinet. ( ce serait trop simple ).

Hier midi,  j’ai perdu mon identité.

A cause d’un accent. Un putain d’accent. Un accent aigu. Ni plus ni moins. On pourrait se dire attend la gonzesse, elle nous prend pour des jambons, depuis quand un accent peut semer la zizanie ?

C’est là que tu te fourres le doigt dans l’oeil jusqu’au sexe : oublier ou ajouter un accent à son nom de famille, c’est comme oublier ou ajouter une simple cédille mais c’est aussi comme oublier ou ajouter une lettre.

Partons de l’hypothèse que je m’appelle Lalu GELON. Vous seriez tenté de le prononcer « jélon » ou « jeulon ». Voilà pourquoi l’accent importe dans la vie courante : pour la prononciation. Mais pour l’Etat Civil, c’est une autre paire de manches.

Depuis 31 ans, j’étais Lalu GÉLON. Je ne me posais pas de question. C’était mon nom, même si souvent au quotidien je n’utilise pas mon accent ( ne serait-ce que pour le shopping en ligne où tout se barre en cacahuète si tu as le malheur d’habiter un bÂtiment )

Le problème avec l’administration Française, c’est que pendant très longtemps, certaines communes ont fait l’impasse sur les accents pour des soucis typographiques : sur les machines à écrire, on ne peut pas mettre d’accent sur les majuscules. Or, on nous demande TOUJOURS dans les formulaires officiels de remplir en lettres majuscules… 

A l’époque, certains officiers consciencieux ajoutaient les accents manuellement sur un acte officiel. Mais souvent, on oubliait purement et simplement les accents.

 

Les faits : je suis une erreur.

( le premier qui…oh et pis merde )

Pour la clarté de mon récit, voici donc ce qui s’est passé depuis hier midi, pour que vous compreniez un peu l’imbroglio.

L’employée de LA PLEVRE téléphone, comme début décembre, à la mairie de BOULARD pour savoir où est passé ce putain de Livret de Famille. Elle raccroche puis m’explique ceci :

Notre Livret de Famille est actuellement au TGI des Hauts-de-Seine dans les mains du Procureur. En effet, il semblerait qu’il y ait un problème d’accent entre mon nom de famille et la déclaration de naissance établie pour LaLutine. Au début je ne vois pas bien le problème vu que LaLutine porte le nom de son papa. Mais l’employée nous dit que le problème est de taille puisque par ce fait, ma fille n’est pas reconnue comme mon enfant.

Wouatzeufoque ?

Je me rappelle parfaitement que Musclor et moi avons bien déclaré mon accent sur la déclaration de naissance de LaLutine. Et c’est là que le retour de la gifle arrive : mais madame, vous n’avez PAS D’ACCENT sur votre nom de famille !!!

Pardon ? Qui me parle ?

Ah non désolée, moi je suis bien Lalu GÉLON née de mon papa Titi GÉLON qui lui même vient de la semence de mon papi Jeannot GÉLON.

L’employée me montre alors la copie intégrale de mon acte de naissance établi par TROULONLON il y a 31 ans  : ni mon père ni moi n’avons l’accent aigu. On s’appelle GELON.

Là je commence à paniquer car je SAIS que mon père a un accent sur son nom. Je l’explique à la dame, je lui montre mon livret de famille ( où j’ai un accent, et mon père et mon frère aussi ), je lui tends ma carte d’identité ( où j’ai un accent aussi ). Oui mais non. On s’en fout :

Seul l’acte de naissance fait foi. Bordel.

Recopiez-le trente fois pour ne jamais l’oublier. On se contrefout de toutes les autres pièces administratives. L’acte de naissance, y’a que ça de vrai ma petite dame.

L’employée de la mairie m’explique alors quelles sont les deux options disponibles :

  • laisser faire la procédure en cours lancée par la mairie de BOULARD au tribunal, qui vise à supprimer l’accent sur la déclaration de naissance de LaLutine. Ainsi elle sera bien ma fille et tout ira bien dans le meilleur des mondes. On s’appellera toutes les deux GELON.
  • me battre pour récupérer mon accent : une procédure qu’elle qualifie de longue puisqu’il faut réunir actes de naissance de mon père et de mon grand-père paternel pour prouver ma filiation et l’appartenance de l’accent à mon nom de famille.

A l’écouter, je penche pour la première option, celle de la facilité. J’ai pas envie de me prendre le chou à 3 jours de ma reprise du boulot…Je sors de la mairie, dépitée et abasourdie. Avant de sortir, l’employée de la mairie me lancera un « vous savez nous sommes pointilleux car nous sommes les gardiens du temple des noms de famille français, en quelque sorte ».

Je t’en collerais des temples moi. Va donc expliquer ça à la mairie de TROULONLON qui a déconné y’a 31 ans.

IAmYourFather

T’es sûr ?

Je téléphone à mon père pour lui expliquer la situation et lui demande si ça l’embête que je fasse l’impasse sur l’accent aigu de GÉLON. Il me dit qu’émotionnellement il s’en fout, je peux choisir l’option qui me convient. A la fin de notre conversation, il lance alors une torpille sans le savoir :

Euh Lalu….Si tu penches pour la première option, il va pas y avoir un problème en cas de succession le jour où je disparais ?

Bordeldemierda. Mais c’est vrai ça ! Juste avec cette phrase, simplement par cette phrase de mon père, je commence à douter de ma filiation aux yeux de l’Etat avec lui.

Puisque je viens de découvrir que je n’ai pas d’accent sur mon nom depuis 31 ans, mon père est-il toujours mon père ?

De retour à la maison, je téléphone à ma mairie de naissance à TROULONLON pour avoir une réponse à cette question. La dame que j’aurais au téléphone, laconique et cinglante, se contentera de me dire qu’administrativement mon père n’est pas mon père , et que c’est de sa faute car il n’avait qu’à faire attention il y a 31 ans au moment où je suis née.

Je raccroche, énervée. J’appelle mon père pour lui expliquer. J’entends bien qu’il est furieux que l’employée ait dit que l’erreur était de sa faute ( alors que ce n’est pas lui qui a rempli ma déclaration de naissance mais l’officier d’état civil de TROULONLON ) . Je lui annonce que je vais me battre pour récupérer mon accent. Je me rends sur le site internet de sa commune de naissance dans le Calvados pour faire une demande d’extrait d’acte de naissance en ligne. Tout se passe bien jusqu’à ce qu’on me réclame 29,90€.

SMS à mon père : Je pige pas, c’était gratuit avant et là on me demande de payer 30 boules pour ton acte de naissance.

Réponse : HEIN ? C’est quoi ce délire ? T’es pas sur un site frauduleux ?

Ben non, je suis bien sur un site officiel. Mon père me téléphone quelques minutes plus tard : c’est bon, j’ai appelé la mairie, ces andouilles proposent bien ce service sur leur site internet mais passent par un intermédiaire qui fait payer 30€. Pour que ce soit gratuit, il faut faire la demande sur service-public.fr . 

Mon père me dit qu’il va faire sa propre demande. Je le remercie et appelle alors  la commune de GLEUARK , un trou paumé dans la Sarthe qui,  si les souvenirs de mon père sont exacts, n’a même pas de mairie, pour obtenir un extrait d’acte de naissance de mon papi. Pas de bol, la mairie ( elle existe ! )  est fermée le vendredi. Je me dis qu’avec un peu de chance ( oui j’y crois encore à cette foutue chance ), je vais pouvoir demander son extrait d’acte de naissance sur Service-Public.fr : et ouiiiiiiiiii ! Sauf qu’on me demande les noms et tous les prénoms de mes arrières grands-parents que je n’ai jamais eu la chance de connaître. LOLILOL .

Je rappelle mon père qui me fournit les informations qu’il connaît en émettant un sérieux doute sur les seconds et troisièmes prénoms ( il s’avéra par la suite que mon arrière-papi ne s’appelait pas Marcel mais Rafaël )( du coup ma demande comporte une erreur, je ne sais pas si je vais la recevoir un jour… ).

Le soir venu, j’appelle mon petit frère afin de lui demander de vérifier son acte de naissance. Il est depuis longtemps convaincu qu’il ne porte pas d’accent sur GÉLON, et je me rappelle même parfaitement que mon père l’a repris et corrigé in extremis lors de la déclaration de naissance de sa première fille à la mairie ( donc ma première nièce, si vous suivez bien )où j’étais présente. Après quelques fouilles, il me confirme qu’effectivement, il s’appelle bien Bill GÉLON, avec un accent. Et il me dit qu’heureusement que mon père était présent à la mairie car il aurait rencontré des problèmes lui aussi lors de la déclaration de naissance de ses deux poulettes.

Ce matin, je décide de me rendre moi-même à la mairie de TROULONLON , ville où je suis née 31 ans plus tôt. La nuit porte conseil et je me suis réveillée remontée comme un coucou contre une injustice : au nom de quoi je devrais me débrouiller moi-même pour corriger une erreur commise par un officier d’état civil il y a 31 ans ?? Je ne supporte pas non plus l’idée que mon père soit aux yeux de la mairie, le fautif dans cette histoire. Combien de jeunes papas, crevés et heureux à la fois, n’ont pas vraiment les yeux en face des trous après un accouchement et décident de faire confiance à l’officier d’état civil ( dont c’est le boulot )?

Par chance la mairie de TROULONLON est ouverte le samedi matin et malgré la menace de forte affluence, je décide de m’y rendre sans rendez-vous avec mon extrait d’acte de naissance, le livret de famille de mes parents, ma carte d’identité et tous les papiers de LaLutine sous le bras.

Problème n°1 : La filiation avec mon père

A la mairie de TROULONLON, après avoir exposé mon soucis à une employée de l’état civil, cette dernière se précipite dans le bureau de son supérieur pour l’informer de ma situation. Celui-ci me reçoit immédiatement, calme, très posé. Malgré les apparences, je suis aussi quelqu’un qui sait se tenir. Je lui présente gentiment le problème, avec tous mes justificatifs à l’appui.

Pour lui les torts sont partagés : mon père n’aurait pas dû signer cette déclaration 31 ans plus tôt, et la mairie n’aurait jamais JAMAIS dû délivrer un Livret de Famille avec l’accent sur mon nom, et encore moins sur une carte d’identité, car cela m’a induite en erreur toute ma vie.

Je suis bien d’accord avec lui et enfonce le clou en affirmant que JAMAIS personne dans l’Administration ne m’a signalé cette vieille erreur qui me coûte la filiation légitime avec mon papa. Je me suis pacsée avec Musclor : zéro problème. J’ai renouvelé ma carte d’identité : zéro problème ( avec l’accent ! ). J’ai fait faire mon premier passeport : pas de problème non plus.

Comment est-ce possible de ne savoir qu’à 31 ans que son nom est erroné, à l’époque de la sur-information ?!

Ce monsieur m’informe alors de la procédure que je dois suivre pour faire rectifier mon nom auprès du TGI. Je le laisse terminer sa phrase puis lui dis enfin : « vous m’excuserez, mais je trouve absolument anormal de devoir entamer cette procédure moi-même pour une erreur que manifestement votre mairie a commise. » Je pense qu’il a bien senti le ton agacé *euphémisme* de ma voix puisqu’il m’a alors rétorqué qu’il allait lui-même se charger de récupérer un acte de naissance de mon père pour accélérer le processus de rectification de mon nom. Mais vous êtes absolument certaine que votre père a un accent sur son nom ? OUI OUI OUI pour la cinquantième fois, j’en suis sûre, mon père avait un vieil acte de naissance chez lui, et il s’appelle bien GÉLON.

Enfin, je lui explique que la mairie de BOULARD, commune de naissance de ma fille, a lancé une procédure pour supprimer l’accent sur la déclaration de naissance de ma fille, et ainsi être raccord avec mon nom erroné. Il semble catastrophé par cette nouvelle car personne à BOULARD ne m’a prévenue avant de lancer cette procédure lancée auprès du TGI et qu’en plus, en agissant ainsi, nous perdons un temps considérable pour rétablir mon véritable nom ainsi que par ricochet, la reconnaissance de ma fille. Il terminera notre entretien de 45 minutes en me conseillant de vite, très vite, faire annuler la procédure lancée par l’Etat Civil de BOULARD.

Problème n°2 : La filiation avec ma fille

Sans réfléchir, je fonce à la mairie de BOULARD. Avec un peu de chance, elle sera ouverte ce matin et il n’y aura pas trop de personnes en attente. J’y parviens sans peine : la mairie est ouverte, c’est blindé de monde mais j’ai bon espoir que tous ne sollicitent pas le service d’état civil. Je prends mon ticket et effectivement je suis reçue immédiatement, les 38 ( oui oui, je le sais car l’employée municipale a annoncé dans le micro que vu que 38 administrés attendaient, ils ne prendraient plus personne ) personnes devant moi faisant en réalité la queue pour le calcul de leur quotient familial.

L’officier d’état civil qui me reçoit est une dame gentille mais assez pète-sec qui n’ira pas par quatre chemins. Du coup, moi non plus. Je lui expose le problème. Je veux pas défendre la mairie de TROULONLON hein, mais oui, c’est votre père qui aurait dû s’en rendre compte. Je lui coupe le sifflet sur le ton de l’humour. Je veux pas me la mettre à dos. Je lui réponds que la mairie de TROULONLON est choquée que BOULARD se permette de lancer des procédures administratives au TGI sans prévenir les administrés. Elle n’a pas l’air contente : Ouais mais bon vous savez, nous aussi on a des trucs à redire sur leur boulot à TROULONLON hein. Bon alors tu les défends ou tu les attaques ?!

Bref, je l’informe qu’il faut mettre fin de toute urgence à la procédure qu’ils ont lancée il y a presque 4 mois. Je l’interroge d’ailleurs sur le fait que personne n’ait dit à Musclor qu’il y avait un problème lors de la déclaration de naissance de LaLutine, malgré le fait qu’il ait présenté mon acte de naissance erroné. Elle fonce chercher le dossier complet, bien décidée à défendre son bifteck. Toute fière, elle me montre alors qu’elle a une photocopie de ma pièce d’identité AVEC L’ACCENT et pas mon acte de naissance. Dans ce cas, comment se sont-ils rendus compte que LaLutine et moi ne soyons pas raccord ?!

Elle m’informe alors que la procédure a été lancée le 13 octobre, et qu’elle y mettra fin dès lundi. En partant je lui lance : surtout ne m’oubliez paaaas !

 

CONCLUSION : Erreur de l’Etat en votre défaveur

En 31 ans, personne ne s’est rendu compte de l’erreur sur mon acte de naissance, pas même la principale intéressée : moi. J’ai pu traverser des frontières avec une carte d’identité et un passeport qui ne collent pas avec mon acte de naissance… Bien malgré moi. Si mon père avait malheureusement disparu ces 31 dernières années, je n’aurais jamais eu le bénéfice de sa succession car j’aurais appris qu’administrativement, je ne suis pas sa fille. Jamais personne n’a remarqué quoi que ce soit : Sécurité Sociale, Caisse d’Allocations Familiales, le notaire quand mes parents ont divorcé et que mon père devait me verser une pension alimentaire…

Aujourd’hui, il ne me reste qu’une chose à faire : ATTENDRE. En espérant que la mairie de TROULONLON rectifie bien son erreur, et que celle de BOULARD annule bien sa procédure administrative. Et ceci sans que le TGI des Hauts-de-Seine s’emmêle les pinceaux stylos…

Je tire plusieurs conclusions de cette mésaventure, dont je vous narrerai les futures péripéties sur le blog :

  1. Ne jamais faire une confiance aveugle à un officier d’Etat Civil rédigeant une déclaration de naissance.
  2. Seul un acte de naissance atteste de sa propre identité ( les cartes d’identité, livrets de famille et passeports sont contestables ).
  3. TOUJOURS vérifier dix, quinze, vingt fois consécutives les informations contenues dans un formulaire d’Etat Civil ou sur un acte car si erreur il y a , c’est à vous de vous débrouiller pour la réparer.
  4. Les oublis d’accent aigu, grave, circonflexe, de trémas ou de cédille sont des erreurs aussi importantes que des fautes d’orthographe.

Je pense que mon histoire n’est pas exceptionnelle car d’autres ont déjà dû vivre ce genre de mésaventures. Peut-être que l’erreur a été détectée bien avant 31 ans, ou peut-être encore plus longtemps après. J’ai vraiment l’impression de flotter dans la 4ème dimension depuis hier ( ou dans un mauvais épisode de Dallas ) , ça me fiche le tournis de savoir que pendant 374 mois, j’étais persuadée que je portais bien le nom de mon père sans aucune ambiguïté. Il a fallu qu’un accent aigu remette tout en question au niveau de l’administration pour que je perde à la fois la filiation de mon père, et la reconnaissance de ma fille.

Et vous, avez-vous bien relu votre propre déclaration de naissance ?

( avouez qu’il y a de quoi devenir parano )

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Il y a une quinzaine d'années un matin, mon père était descendu tout affolé dans la cuisine et avait dit à ma mère : 'j'ai fait un affreux cauchemar où je faisais un test de paternité et découvrais que LaLu n'était en réalité pas ma fille. Je me suis...
Tu aimes ? Fais-en profiter les copains !
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