headsetDu temps où j’étais lycéenne, je n’obtenais plus d’argent de poche comme avant : les tâches ingrates comme ranger sa piaule, débarrasser la table de la cuisine ou faire à manger n’étaient plus sujettes à rémunération, selon mes parents. Aujourd’hui, j’ai décidé de vous parler de mon premier job, commencé en novembre de l’an deux mille et un ( et achevé en décembre de la même année ^^ ).

J’aurais pu commencer par travailler au MacDo de ma ville, ou distribuer des prospectus dans les boîtes au lettres des Maurepasiens, mais non : point de postes à pourvoir chez le géant de la mal-bouffe américain, et les horaires du second boulot ne me convenaient pas du tout.
Un jour, en sortant du lycée, un jeune distribuait des tracts pour une certaine compagnie de Téléprospect, c’est-à-dire que le boulot consiste à appeler les gens ( ou plutôt à les emmerder ) chez eux le week-end pour qu’ils viennent retirer un cadeau dans un magasin de mobilier ( et au passage, inutile de préciser qu’ un vendeur les harcèlera pour qu’ils achètent un nouveau canapé ).

Sur le tract, des vacations bien précises sont proposées : comme par hasard, pas d’horaires le mercredi après-midi et pas de vacations de 2 heures le samedi après-midi, mais 4h30.

Mais que voulez-vous ? Quand un lycéen qui a besoin d’argent, ou au contraire, qui n’en a pas besoin mais qui veut montrer à ses parents qu’il est capable de faire quelque chose de ses 10 doigts cherche un boulot, il prend ce qu’il trouve !

L’ ENTRETIEN D ‘EMBAUCHE

J’arrive dans un grand immeuble. Je prends l’ascenceur et me voilà à un étage uniquement occupé par la société en question. Je suis dans le couloir. Curieuse, je jette un œil à travers la porte vitrée : j’y vois des box de 1m² à perte de vue.

Nous étions 5 candidats à attendre dans des chaises inconfortables que quelqu’un nous fasse passer l’entretien. Tout à coup, un homme chauve débarque, avec un certain air sur la figure qui vous fait tout de suite penser que vous n’allez pas passer un bon quart d’heure.

Surprise ! Nous devons tous les 5 rester dans nos chaises, côte-à-côte et nous passons l’entretien ensemble !  Super stressant quand on a jamais travaillé de sa vie et que l’on a désormais l’angoisse de passer pour un(e) gros(se) naze devant des jeunes de son âge. Mais enfin, bon, c’est comme ca, alors on se plie aux ordres.

Seconde surprise : on nous distribue une feuille à chacun nous demandant quelles vacations nous pouvons occuper : pas de temps de réflexion, aucune souplesse des horaires de travail, bref, une catastrophe ! Je choisis alors une vacation de 2 heures le lundi soir et une vacation de 4h30 le samedi après-midi.

Puis, on nous distribue une seconde feuille, celle-ci comprenant un texte. Le gros chauve nous ordonne un par un la lecture d’un passage, qui est en fait une conversation téléphonique où vous désirez qu’un client passe à votre magasin. ( Au passage, soulignons la politesse et le respect du Monsieur-Chauve, qui pour seules paroles débinait des « aller », «stop», « suivant »…).

On se demande donc quels sont les critères de sélection.
Après cet entretien « public », le gars nous annonce en direct-live qui est retenu : « Melle Lucie, c’est très bien, on vous rappellera car en ce moment, on a trop de monde. On vous appelle , disons la semaine prochaine ? Les autres, c’est bon, on n’a plus de places. Au revoir ».

Entretien terminé. Ouf ! Je vous laisse imaginer les regards dans l’ascenseur que l’on portait sur moi, parce que j’avais été la seule retenue.

✏ PREMIER JOUR

 

Comme prévu, on m’a rappelé la semaine suivante pour définir la date de mon premier jour. Toute contente, LaLu ! Le lundi suivant, me revoilà devant la porte de la société.
Une madame trèèèès méchante ( c’était écrit sur sa tronche )  nous prend en charge, moi et une autre nouvelle. Elle nous colle directement à nos ordinateurs, et elle prend bien soin de nous séparer d’une bonne distance de 50 mètres, pour, comme elle dit « éviter que les nouvelles papotent ».

Sympathique.
Comme seules consignes : « regardez les ordinateurs. Faîtes tourner les pages du logiciel. Ceci est votre texte, celui que vous aurez à débiter au téléphone. En fonction des réponses de vos interlocuteurs, vous cochez les cases et vous cliquez sur « page suivante » ».
OK.

Ca n’a pas l’air bien compliqué.

Premier appel.

Cruella est assise nonchalamment sur mon bureau, à écouter ce que je dis à une dame au bout du fil. Avec mon casque sur les oreilles, ma main droite sur la souris, et l’autre dans des feuilles de rappel, je ne m’en sortais pas trop. Mais au téléphone , ça allait. Pas de bol, ma première « cliente » s’est avérée être d’une malpolitesse inconcevable. Même pas temps de lui sortir le « Toutefois, Madame Chouette, je vous remercie de votre écoute et vous souhaite une bonne journée » fatidique. Toutefois, j’étais assez contente de moi .

Mais non, en fait, ça n’allait pas du tout selon Cruella.. Je me suis faite incendier. Celle-ci me rappela que le sourire s’entend, même au télphone, qu’il faut articuler, ne pas débiter son texte pour ne pas montrer que c’est un dialogue prédéfini. Bref, tout est à revoir.
Puis,Cruella se barre. Ouf ! Je vais pouvoir respirer un peu.

Désillusion !  Car même quand on ne vous surveille pas avec les yeux, on vous surveille par ordinateur. Cruella écoute les conversations de tous les postes !!! Alors, il ne fallait pas que je m’étonne de la voir débarquer pour un oui ou pour un non. Et j’aime autant vous dire que si jamais vous avez un coup de sang, et décidez d’envoyer péter un vilain monsieur qui vous insulte au bout du téléphone, vous vous faîtes virer d’office.
Après cette première journée : je n’avais qu’un rêve. Non pas de m’y remettre et d’être au samedi suivant, mais au contraire de rentrer chez moi et de faire durer le temps jusqu’au prochain jour de travail.

 

RYTHMES DE TRAVAIL

Les vacations de deux heures étaient à la limite du supportable. Mais les 4 heures et demie étaient un calvaire.

Je vous vois déjà dire : « oh la pauvre p’tite chérie, elle a le cul bien dans sa chaise molletonnée, au chaud dans son box, alors que son petit frère dépiotait des lapins sur un marché à 5 heures du matin, en hiver ! ».

C’est ce que mes parents me disaient régulièrement.

Mais je leur ai raconté ce que je vais vous dire maintenant , et ce sont eux qui ont voulu que je démissionne ( merci Papa, merci Maman ! ).

teleactrice1
Forcément,au bout de 4 heures à parler non-stop ( inutile de vous dire que les appels sont gérés par ordinateur, et donc à partir du moment où la personne raccroche, vous êtes directement en relation avec une autre : pas de répit ), on a SOIF. Malheureusement, il est formellement interdit de boire à côté des PC. Mais quand la soif se fait vraiment trop sentir, on se cache et on bénit sa bouteille d’eau. Sur 4h30 de boulot, on vous accorde…. 10 minutes de pause ! Et ceci inclut : passage aux toilettes, aux robinets… Alors, forcément, à force de boire en cachette, on a envie de faire.. PIPI ! Mais on n’a plus de pause pour pouvoir aller au pipi-room !
Evidemment, il a fallu qu’il m’arrive quelque chose. Le premier jour où j’occupais une vacation de 4h30, je n’étais pas au courant de ces dix minutes de pause, alors tranquillement, au bout d’une heure de parlotte, je me lève, je vais aux toilettes, et je prends bien mon temps. Seulement, une fois retournée à ma place, Cruella vient me voir en me disant : « ah oui, on a oublié de te prévenir, mais tu ne disposes que de dix minutes sur 4 heures et demie de pause. Tu viens de tout consommer. » Il me restais plus de trois heures à tirer ! Autant vous dire que quand j’eus fini, je me ruais aux toilettes, et j’ai d’ailleurs loupé mon train .
Il existait une « option » dont je pris connaissance une semaine après mon embauche : il était possible d’arriver un peu plus tôt pour finir ainsi en avance, et être assuré(e) d’avoir son train . Malheureusement, un jour où j’étais arrivée une demi-heure plus tôt, dans l’espoir de finir à 19h le soir,  trop de monde avait eu la même idée. Le patron a décidé que l’on commencerait à l’heure normale. Du coup, on est restés une demi-heure à compter les mouches au plafond. Merci le boss !
Certaines fois, il arrivait également que l’on « oublie » de vous prévenir que vous pouvez partir. J’ai dû plus d’une fois réclamer mon départ pour que je puisse terminer.

 

✏ SALAIRE

Evidemment, quand on est lycéen, on ne s’attend pas à des monts et merveilles, mais au minimum. Et là, c’est vraiment le strict minimum ! Le SMIC horaire en gros, c’est-à-dire 36 francs de l’heure à l’époque ( soient 5,50€ de l’heure aujourd’hui… ).

Ca se passe de commentaires.

CONCLUSION

Après trois semaines de bons et loyaux services, j’ai démissionné. Mes parents m’y ont pousséE et moi aussi, je ne tenais plus.

Je me souviens que ma dernière vacation de 4 heures et demie, je l’ai entamée en pleurant à chaudes larmes devant mon ordinateur. Et difficile de se retenir de suffoquer au téléphone. Je n’ai même pas eu le courage de terminer mon mois d’essai ( j’appris plus tard que personne n’arrive à le terminer dans cette société )
Je tire quand même quelques choses positives ( peu nombreuses, je vous l’accorde) comme des trucs à raconter lors des dîners de famille ou entre amis.
En effet, il est stipulé dans mon contrat que je ne dois pas révéler les méthodes de la société, donc je vais vous faire part de quelques mésaventures , sans faillir à ma parole.
Je ne vous apprend sûrement rien quand je vous dis que ces gens qui vous offrent un salon ont un texte précis à vous lire : ce texte est sur odinateur, et comme je vous l’ai dit précédemment, en fonction de la réonse du « client », on coche des cases puis on clique sur « page suivante », et en fonction des cases cochées, une page apparaît. Seulement, il arrive souvent avec des logiciels qu’une page mette longtemps à se charger ( ah.. l’informatique ) , du coup, gros blanc au téléphone ! ( et c’est arrivé plus d’une fois !)
Une autre chose : le nom de la personne appelée est affichée au dernier moment, une fois que la communication est établie. Cela donne lieu à des situations cocasses du genre :
« Allö, bonjour, Madame euh….. ( le nom ne s’affiche pas )
– Allô ? Mais qui est à l’appareil ?
-Euh, madame…ah oui ! madame X ! »
De plus, certaines personnes vous mettent dans des situations assez bizarres. Je ne sais pas si c’est voulu ou pas, mais en général, nos cadeaux étaient réservées à des couples, et plus d’une fois , des gens m’ont posé des questions du genre : « et pour les lesbiennes ? » « mon mari est mort » « c’aurait été avec plaisir seulement mon mari est le seul à avoir son permis et il n’a plus de jambes ». Hum, imaginez l’embarras !
De plus, ce sont des sociétés spécifiques qui font appel aux services de notre société. Donc, nous ne sommes pas situés dans la ville-même où se situe le commerce en question.  » mais où est situé votre magasin exactement ? A côté de Carrefour ? » . Euh oui, ça doit être ca !!

Voilà ma première expérience dans le monde du travail. Elle ne fut pas très heureuse. 
Maintenant, dès qu’une entreprise de la sorte m’appelle, je n’envoie plus promener les pauvres téléactrices, je les écoute et je leur dis poliment que leur offre ne m’intéresse pas.

Alors, un peu de clémence avec ces étudiants exploités chers lecteurs  !

Satisfaction et épanouissement personnel : 0 / 10

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