Greenberg

Musclor possède d’ énormes qualités ( je ne parle pas de celle située en-dessous de la ceinture ) dont celle d’être cinéphage.
En effet le cinéphile possède sa carte UGC Illimitée et peut donc se gaver d’oeuvres cinématographiques sublimes et de grosses daubes à la pelle, tandis que le cinéphage assume totalement sa dépendance au septième Art et n’hésite pas à claquer 10 € à chaque place de cinéma achetée.
Mais le cinéphage s’il aime dévorer des films sur grand écran, prend aussi un malin plaisir à dénicher de vraies petites perles diffusées dans un nombre limité de salles obscures. C’est ainsi que nous avons dégusté notre projection intimiste de NEW YORK, I LOVE YOU dans une salle ridiculeusement petite en plein coeur de Paris.
Mon caractère est ainsi fait : autant quand je savoure la dernière réalisation de Sam Mendès, il faut que j’en écrive un article pour vous inciter à débourser les quelques euros que vous ne regretterez certainement pas d’avoir dépensés ; autant quand je trouve qu’un film est une grosse daube, je me sens comme investie d’une mission de propagation de venin pour vous décourager totalement de gaspiller votre pognon. Comme si la lourde tâche de cracher de putasser sur un film m’était dévolu.
Et c’est le cas du film soporifique dont je vous cause aujourd’hui : GREENBERG.
J’ignore encore ce qui nous a attirés dans cette production : peut-être le titre à tendance écolo, peut-être le patronyme employé à consonance juive, sûrement l’envie de se fendre la poire devant les âneries que promettait Ben Stiller, personnage principal au casting...En tout cas, on s’est vite rendus compte que rien de tout cela n’avait un rapport proche ou lointain avec le film.

On s’est surtout aperçus qu’on s’est carrément ennuyés pendant l’heure quarante-cinq de projection. Enfin non. Le terme est loin d’être représentatif de ma pensée profonde.
En réalité on s’est plutôt royalement fait chier.

Et pour que je sois si franche dans un billet ciné, c’est que réellement ce film est à éviter sauf si vous êtes insomniaque, ça pourrait marcher.

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Le site incontournable pour tout cinéphage qui se respecte, c’est bien Allociné.

Avant chaque virée cinoche, il permet de s’assurer qu’on ne se plante pas de film ( on s’moque pas, ça m’est déjà arrivé ) en consultant synopsis, bandes-annonces et salles dans lesquelles le film ciblé est diffusé.

Pour aller plus loin, on peut y trouver des secrets de tournage, des filmographies d’acteurs complètes ou encore les «bonnes raisons» d’aller découvrir telle ou telle production. Bizarrement il n’y avait pas de bonnes raisons pour Greenberg.
Musclor lui, se fie beaucoup plus aux sections «critiques spectateurs» et «critiques presse». Personnellement le nombre d’étoiles accordées sur une échelle de 0 à 4 m’importe très peu et d’ailleurs j’assume totalement d’aimer des films que Le Figaro ou Les Inrockuptibles ont descendu en flèche.

Mais dans le cas de GREENBERG , ces appréciations impartiales influencèrent totalement notre idée – ô combien naze – d’aller le découvrir sur Grand Ecran.
Diffusé dans seulement 30 salles à travers tout l’ Hexagone, il s’agirait donc un film d’initiés ? Plutôt que de nous prendre pour des parias, ça aurait dû nous coller la puce à l’oreille, mirde alors.
Donc en gros, les spectateurs ainsi que la presse accordaient 3 étoiles à cette «comédie dramatique» ( Wé je mets entre guillemets parce que j’ai toujours pas bité comment on pouvait qualifier ce truc de «comédie» ).

Depuis notre visionnage, les notations des spectateurs ont bien évolué, passant de trois à une étoile et demi. Autant dire que ce n’est pas moi qui vais remonter le niveau.

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Pourtant le synopsis paraissait bien alléchant donc je fais un résumé du résumé : un quadra au bout du rouleau débarque à Los Angeles chez son frère, qui s’absente en emportant femme & enfants en vacances ne laissant au frangin que sa grande baraque, sa piscine squattée par des voisins et si besoin est, le numéro de téléphone de son ‘assistante personnelle’ ( mot joli pour désigner la jeune bonniche ). Ces deux protagonistes finissent par se rencontrer : le quadra désabusé revendique son droit à la paresse tandis que la jeune femme rêve de devenir chanteuse. Se noue entre eux une relation «improbable» ( toujours selon Allociné)

J’aime les histoires simples emplies de quidams ordinaires aux vies tout aussi banales. C’est pourquoi je porte une grande affection aux films de Sam Mendès, réalisateur de génie capable de littéralement me scotcher dans mon siège alors que l’histoire tient en trois lignes ( exemples parmi tant d’autres : AWAY WE GO , LES NOCES REBELLES etc …).
J’adore aussi les destins croisés, de LOVE ACTUALLY à NEW YORK I LOVE YOU en passant par VALENTINES DAY, j’adore me repaître de candeur et fraîcheur dans des scénarios où n’importe quel spectacteur peut s’identifier sans peine.

En lisant le synopsis d’ Allociné , j’ai cru que GREENBERG faisait parti de ce genre de films : simplissime mais pointu, observateur mais pas dénonciateur, comique mais pas gras. En somme l’histoire banale d’un quadragénaire en pleine crise où toutes les mimiques, tics et pensées morbides du personnage pourraient être analysés finement au détour de situations rigolotes, sans jamais tomber dans le burlesque. Des sourires attendris mais pas de gros éclats moqueurs.

Je me suis plantée : je n’ai pas trouvé la moindre once de comique à ce film. Apparemment certains spectateurs avaient le rire facile puisque j’ai bien entendu quelqu’un se fendre la pêche derrière. J’ai longtemps cherché pourquoi, sans rien trouver.

La loose.

Eux se marrent, nous beaucoup moins.

Eux se marrent, nous beaucoup moins.

Toutefois je reste fairplay : après tout il ne suffit pas de se bidonner pour qu’un film fasse parti de mon panthéon perso. Tout le reste se jouera donc sur l’histoire, la réalisation et la performance des acteurs.

Pour l’histoire c’est foutu.
Concrètement je me suis royalement emmerdée pendant les trois quarts du film, le quart restant fut occupé par l’éternelle question : bordel mais kanteskessadémarre ?!!
La réponse?
Jamais.

J’ai vainement attendu ce moment où quelqu’un envoie tout bouler, où une maison explose, où un chien se met à parler ( je vous assure qu’à la toute fin du film, je me mettais à prier pour qu’un truc comme ça arrive ) : ben non.

Tout au plus j’ai levé le sourcil quand le dépressif Roger osait enfin péter une durite, mais le soufflé est retombé aussitôt : il ne se passait rien avant , il pète son câbleil ne se passe rien après.
La loose .

Et je pense ne pas spoiler en affirmant que la relation «improbable» entre Florence l’assistante cruche comme pas possible et Roger le dépressif est effectivement improbable tant elle est bizarre et changeante : c’est un jeu du «je t’aime, moi non plus» permanent et je vous avoue qu’on a un peu de mal à s’y retrouver.
Bon sangmais qu’ont bien voulu faire passer comme message les scénaristes?

Noah Baumbach

Noah Baumbach

Les scénaristes, parlons-en justement : comme mes yeux, ils ont l’avantage d’être deux. Et ces co-auteurs ne sont autres que Noah Baumbach, le réalisateur, et Jennifer Jason Leigh qui endosse le rôle de Beth, l’ex petite-amie de Roger. Ce qui me confirme l’un de mes credos : quand on fait un truc on le fait bien , si on s’égare à en faire plusieurson les …commet .

Noah Baumbach fait parti de la caste très fermée des réalisateurs dont je n’ai jamais entendu parlé. Et quand je regarde sa filmographie je comprends mieux pourquoi : le sieur n’ a réalisé en tout et pour tout que quatre films avant GREENBERG dans toute sa carrière
Par pitié si l’un d’eux vous évoque quelque chose, essayez de redorer le blason de Baumbach en commentaires car j’aime autant vous dire que dans ce qui va suivre, je ne vais pas vraiment le caresser dans le sens du poil :

  • Kicking and screaming ( 1995 )
  • Highball ( 1997 )
  • Les Berkman se séparent ( 2006 )
  • Margot va au mariage ( 2007 )
  • GREENBERG ( 2010 )

Ce serait mentir d’ affirmer que la réalisation en naze en tout point. Non. Elle est simple et efficace. Mais ce qui m’a dressé le poil, c’est qu’ un bon réalisateur parvient sans peine à rendre vivant et/ou crédible un scénario bancal ou chiant à mourir
Ici c’est le néant.

N’est pas Sam Mendès qui veut : quand Noah Baumbach fait un plan serré d’un acteur pendant de très longues secondes, on s’emmerde. Là où Mendès peut filmer une expression, un visage ou une larme dans le silence total sans que le spectateur trouve ça relou, Baumbach essaye lui aussi mais dans une situation qui ne nécéssite pas de tels plans statiques, absolument sans intérêt. On se demande ce qu’il a voulu capter comme expression faciale. On prie pour que le mutisme ne dure pas des plombes. Et ben si, et les secondes semblent durer des heures.

La réalisation n’a donc rien de savoureux : elle aurait pu remonter le niveau en offrant quelques bons moments de euh….réveil au spectateur, mais il n’en est rien. C’est lent, plat et sans envergure.

La loose .

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Au début je me disais que ma déception provenait sans doute du rôle confié à Ben Stiller, bien loin de tous les personnages qu’on avait pu lui faire endosser jusqu’alors.
On se souvient en esquissant un sourire de MARY A TOUT PRIX, du DUPLEX POUR 3 ou encore des FEMMES DE SES REVES.
Dans GREENBERG il campe le rôle du quadra dépressif, morne, triste et sans but dans la vie. Avec des cheveux blancs et tout.
Vous vous doutez donc qu’il n’a pas un rôle de rigolo, ça change. Alors ce n’est pas que je ne le trouve pas crédible, c’est pas ça, seulement je m’attendais à ce qu’il use de son ressort comique pour donner une touche sympa à ce personnage malheureux.
Mais on ne peut pas lui attribuer l’échec de ce film : pour une fois dans sa carrière, l’acteur n’a pas improvisé d’un poil de fesse et s’est laissé totalement diriger par Baumbach. Quel dommage quand on voit le résultat….

En ressort un personnage triste certesmais doublé d’un gars antipathique et lunatique au possible
On a vraiment du mal à suivre les méandres des pensées de ce dépressif que rien ne sort de sa torpeur, pourquoi il en arrive à insulter sa compagne d’infortune, la jeune et candide assistante Florence après qu’il ait tenté de butiner de son miel ^^. Je sais pas, moi j’ai connu des gens dépressifs et je peux vous dire que Roger Greenberg est plus proche de la schyzophrénie qu’autre chose.
Ben Stiller fait donc ce qu’il peutcoincé dans ce rôle insignifiant et pathétique. Je parviens sans peine à m’immiscer dans la peau du premier rôle quand celui-ci est bien exploité et quand l’histoire est bien ficelée. Mais là non. Je ne ressens pas une pointe d’empathie ou de condescendance pour Roger ( déjà qu’il a un prénom de chiotte )

Avec le recul j’ai compris que n’importe quel acteur de sa génération aussi bon soit-iln’aurait pas pu mieux se dépatouiller de ce rôle mieux que Ben Stiller
Spassafaute.

La bonne surprise vient plutôt de sa compagne d’infortunela jeune Florence Marr campée par Greta Gerwig.
Retenez bien ce nom car après sa prestation dans GREENBERG, la blondinette s’est faite remarquer et apparaîtra dans trois films prochainement.
Dans le rôle de la jeune assistante dévouée, fraîche et candide mais légèrement paumée, elle s’en tire carrément bien. On a juste envie de la secouer très très fort quand elle se fait parler comme à du poisson pourri et qu’elle ne bouge pas d’un poil, ne place pas un mot plus haut que l’autre et se tait.
Une fois encor , Baumbach ne fait pas de cadeau à ses acteurs : il fallait un personnage désabusé, largué, doux et docile. Greta Gerwig se dépatouille comme elle le peut, mais au moins on n’a pas l’impression qu’elle se force. Elle EST Florence Marr, et selon moi, c’est ce qui caractérise les bons acteurs.
Certes elle n’est pas très jolie, elle a plutôt un physique banal. Mais dans le septième Art, Dieu sait qu’on peut tirer parti de certains traits caractéristiques pour tirer son épingle du jeu…A suivre !

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Les seconds rôle occupent une place importante dans l’histoire, si tant est que celle-ci soit intéressante ce qui n’est pas le cas. Notons juste l’apparition de Rhys Ifans, l’inoubliable colocataire taré de Hugh Grant dans COUP DE FOUDRE A NOTTING HILL qui campe dans GREENBERG l’un des amis de Roger. Une fois encore on aurait pu s’attendre à un rôle empruntant ses talents de comique et utilisant à bon escient sa tronche d’hurluberlu, mais non. Il n’est pas drôle, il est juste là.
La loose.

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Conclusion : GREENBEURK !

Je n’en veux pas le moins du monde à Musclor car j’étais consentante pour aller voir ce truc insipide.

Heureusement la diffusion très limitée des bobines de Greenberg réduit fortement vos chances de vous ennuyer pendant 2 heures : le scénario méritait d’être beaucoup mieux exploité, il y avait matière. Les personnages auraient alors gagné en sympathie et humanisme. Le réalisateur semble avoir totalement zappé ce qui caractérise un bon film du genre : des rebondissementsdes plans statiques beaux et utilesdes personnages attachantsdes seconds rôles primordiaux et des images léchées.

Il est rare que je descende un film en flèche mais pinaiseje sais pas mais là j’ai vraiment l’impression d’avoir perdu deux heures de ma vie et quelques menus euros pour quedalleAlors oui allez voir GREENBERG si vous êtes insomniaque car ma mâchoire a menacé plusieurs fois de se décrocher tout au long du filmEt pourtant je n’étais pas fatiguée.
Oui allez le voir si vous souhaitez coller un visage sur le nom Greta Gerwigactrice méconnue qui mériterait qu’on lui confie des rôles bien plus intéressants qu’une pauvrette doublée d’une cruche que rien ne semble faire vaciller.

Mais pour tout le reste, qu’il s’agisse du scénario plat ou de la réalisation passable ou encore des personnages antipathiques ,franchement ça ne mérite pas un ticket de cinéAttendez donc son passage à la télévisionsi tant est que pareil film soporifique soit un jour diffusé au grand publicQu’il reste cantonné à ses trente salles de cinémac’est bien mieux !

Satisfaction : 0 / 10 ( navet. )

( Article écrit en mai 2010 )

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Musclor possède d’ énormes qualités ( je ne parle pas de celle située en-dessous de la ceinture ) dont celle d’être cinéphage. En effet le cinéphile possède sa carte UGC Illimitée et peut donc se gaver d’oeuvres cinématographiques sublimes et de grosses daubes à la pelle, tandis que le cinéphage assume totalement sa dépendance au...
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